« DIEU »

J’ai jamais pensé que je pourrais croire en Dieu. Pourtant j’y suis. C’est là. C’est ici que ça commence. Je dirai pas le contraire. J’y crois. J’y pense. J’y parle. Bien sûr pas de réponse. Ça j’ai l’habitude. Pas de réponse. Des questions sans réponse. C’est un peu ma vie. C’est peut-être pour ça Dieu. C’est peut-être pour comprendre pourquoi pas de réponse. C’est un peu la raison. Oui. J’en avais marre. Parler dans le vide. Parler devant un mur. Rien à faire.

Te tuer. De ça oui j’avais envie aussi.  De t’exploser le ventre. Te dire que je te hais. Te dire toutes ces choses que mon éducation m’a jamais permises. Je te hais. Crève charogne. Tu me dégoûtes. Tout cet amour que j’ai donné sans compter. Tout ce temps de gaspillé. Ce truc que jamais on peut rattraper. Ce truc qu’on perd à chaque jour sans pouvoir rien y faire.

Dieu, lui, il va me dire. Il va tout me dire. Tout ce que je dois savoir. Tout ce que tu n’as pas su me dire. Il m’aime. Je le sais. Il me l’a dit. Non il m’a rien dit. Mais il m’écoute sans rien dire. Alors comme ça oui, je sais qu’il m’aime. Oui, c’est pas possible autrement que comme ça. Qu’il m’aime. Sinon il m’écouterait pas.

Je ferme les yeux. Le soir comme ça, au bord du lit. Je me mets à genoux, je croise les mains comme ça. Au bord du lit, le soir. Puis là, je prie. Je ferme les yeux et je prie. Parfois dans ma tête. Sans que les mots sortent. Parfois non. Quand je vais trop mal, je parle fort. Les mots ils sortent tout seuls. Et là, moi aussi je les entends et là j’ai peur parce que ce que je dis, parfois ça fait peur. Comme ça, le soir, au pied du lit. Sur mes genoux, je suis là pis je parle à Dieu. Je dis tout ce que je veux. Il dit jamais rien. Il m’écoute. Oui c’est vrai. Il m’écoute toujours. Et jusqu’au bout. Jamais il coupe ma parole. Jamais il coupe mes mots. Jusqu’au bout il les écoute. Alors jusqu’au bout, oui c’est ça. Jusqu’au bout je lui parle. Je lui dis tout. Sans jamais rien cacher. Non ça plus jamais. Plus jamais je cache des mots. Tout. C’est ça que je dis. Tout. Dieu il a pas tort. Pis il dit jamais que j’ai tort non plus. Pis il m’aide. Parce que c’est ça quand j’ai fini il m’aide. Il me répond. Pas fort. Non lui il peut pas parler fort. Pas comme toi en tout cas. Ça non. Il peut pas. Mais il me répond, je l’entends. Tout doucement c’est ça. Il me dit que des choses que je veux entendre. Jamais il s’est trompé. Jamais il m’a blessée. Jamais. Oh non jamais. Dieu il sait pas faire ça. Se tromper c’est impossible pour lui. Pis parfois les gens ils pensent que je suis folle. Ils pensent que je perds la tête. Mais s’ils savaient vraiment comment parler à Dieu, ils verraient que je suis pas folle. Parce que ça je le suis pas. Je sais ce que je dis. Ce que je fais aussi je le sais. Jamais je ne mens. Ça je peux pas sinon maman elle se fâche. Elle se fâche pis là elle empêche Dieu de me répondre. Alors là je suis triste et je lui dis que je suis contente qu’elle soit déjà partie. Pis Dieu il me gronde jamais quand je dis ça. Il comprend. Il comprend toujours pourquoi je dis ça. Les mamans c’est pour l’amour qu’il les a fait. Pas pour la colère.

Dans la rue aussi je peux lui parler. Mais là il répond pas toujours. Mais j’ai compris pourquoi. Il veut pas que les autres l’entendent. Les autres ils peuvent pas l’entendre parce qu’ils ne savent pas ce que c’est souffrir. Ils peuvent pas savoir. Personne ne souffre comme moi. C’est impossible. Ils savent pas. Alors ils ont pas droit à Dieu. C’est lui qui le dit. Il me l’a dit. Alors ceux-là qui parlent de Dieu, ben je les tue. Parce que j’ai pas le choix. C’est Dieu qui me le demande. Alors comme il m’écoute tout le temps, je dois lui obéir. Pis je tue, dans ma tête. Je tue tout les autres qui parlent de Dieu. Ils n’ont pas le droit. Il veut pas lui. Pas lui parler quand on y croit pas vraiment. Ça il supporte pas. C’est ce qu’il dit toujours le soir quand je suis sur mes genoux au pied du lit. Ce moment-là, où je prie pour la fin de ma souffrance. Pis Dieu il dit qu’elle va venir bientôt. La fin. La fin de la souffrance. Pis je le crois. Parce que Dieu il ment jamais. En tout cas pas à moi. Aux autres je m’en fous. S’il ment. Aux autres je m’en fous qu’il mente. Là il peut. C’est permis. Pis ma souffrance alors ? que je lui ai dit. C’est pour bientôt que c’est fini qu’il m’a répondu. Je l’ai entendu dans mes deux oreilles. C’est pour bientôt qu’il a dit. Alors je le crois et j’attends. Tout les soirs les mains croisées au pied du lit j’attends. J’attends le moment où il me dira que ça y est c’est la fin. La fin de la souffrance. Mais en attendant je peux rien faire. Parce que Dieu ce qu’il dit c’est que quand on souffre c’est pour une raison et que c’est lui qui choisit de toute façon. Alors c’est ça, il n’y a rien à faire. Juste à attendre et à prier gentiment tous les soirs sur mes genoux. C’est comme ça que je fais. Pis un jour il va me dire tout ça que j’attends. Il va me dire que la souffrance c’est fini. Oui tout ça que j’attends depuis si longtemps. Il va me dire ça, que c’est le moment de partir, que je n’ai plus rien à craindre non plus. Alors que je peux y aller sans soucis. Pis toute façon c’est lui qui décide la vie et tout le reste. Alors quand il va dire que c’est assez, c’est que c’est assez. Alors c’est vrai ce qu’il dit. C’est pour ça que ce jour-là ben oui je partirai. Je l’écouterai pis je partirai. Par la fenêtre qu’il m’a dit qu’il fallait que je parte. Comme un oiseau qui déploie ces ailes et qui s’envole. Une belle colombe. C’est de ça que je vais avoir l’air. C’est ça que lui il dit toujours. Toujours c’est ça qu’il dit quand je lui parle. Une colombe qui s’envole pour annoncer la paix. Pis je partirai très loin. Pis je serai pas obligée de revenir. C’est ça qu’il m’a dit. Pas obligée de revenir. Partir pour de bon. Comme une colombe qui s’envole de sur la fenêtre. C’est tout ça Dieu et moi. Alors maintenant je te laisse pis je vais prier. Comme ça les mains ensemble un peu comme unies pour la vie et pis les genoux pliés près du lit. Et surtout la fenêtre ouverte. Parce que la colombe c’est pour ce soir peut-être. Avec Dieu c’est peut-être ce soir toujours. On sait jamais vraiment. Alors c’est pour ça. La fenêtre ouverte. Grande ouverte.

Elle s’agenouille, puis le noir, puis elle s’envole vers un ailleurs lointain et jamais ne revient.

(2005)

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3 réflexions au sujet de « « DIEU » »

  1. que ce fut bon…de te lire..et tu as réussi avec le rythme que tu as choisi, à me faire entndre ces pensées qui vont qui viennent, qui obsédent, qui n’en finissent pas…bravo..bravo à l’écrivain, bravo à l’être humain.

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