La Voie de Lupita (numéro 2)

Oh lala lala lala, que je suis énervée. Je suis en belles croquettes !

Te rappelles-tu ? La dernière fois, je t’ai dis qu’il fallait que je me dépêche pour ne pas que ma sœur déchire l’oreiller en plume ? Et bien, foie de canard ! Je suis arrivée trop tard ! L’oreiller était tout éventré. Des plumes tournoyaient partout dans le salon.

Imagine-toi donc que j’ai même eu de la difficulté à retrouver ma sœur, Tonalli, sous tout ce duvet. Ha ! Oui c’est sûr ! Il faut que je t’explique un détail : Tonalli, ça vient d’une langue indienne d’Amérique du Sud, le nahuatl, et ça veut dire « énergie vitale ». Haha ! Ouais ! Ils n’auraient pas pu mieux trouver, eux, mes humains de pères. « Énergie vitale ». Elle est bonne !

Ho ! Ha ! Je m’égare, je m’égare, je me perds dans mes pensées. Nom d’un os à moelle ! Je savais que je serais énervée aujourd’hui. Je le savais ! Bon, attend, je me recentre. Je m’assois en indien, je prends une grande respiration, aaah aaah aaah aaaatchoum ! Sacrées plumes ! OOOOOmmmmmm !

Bon…enfin…ça y est… ça va mieux. Excuse-moi ! Avec tout ça, je ne t’ai même pas dit bonjour. Je suis désolée.

Veux-tu bien qu’on reprenne notre rencontre d’aujourd’hui ? Ah parfait ! Merci. T’es bien gentil.

Salut, ça va bien aujourd’hui ? As-tu été compréhensible avec ton chien depuis la dernière fois ? L’as-tu beaucoup récompensé pour ses bonnes actions ? As-tu continué d’ignorer les mauvais comportements sans le punir ? As-tu transmis le message à tes parents aussi ? Tu sais, c’est particulièrement important que vous, nos humains, soyez sur la même longueur d’ondes dans une famille.

Je te dis ça en toute connaissance de cause. Figure-toi qu’au début, quand je suis arrivé dans ma famille actuelle, mes parents n’employaient pas toujours les mêmes mots, ni les mêmes gestes pour me demander… la MÊME chose. Je me souviens par exemple que l’un d’eux m’avait appris « parle » et l’autre « jappe ». Ou encore que l’un me montrait le sol du doigt pour me faire asseoir et que l’autre repliait la main vers le haut. De quoi en perdre ses croquettes !

Peux-tu imaginer comment je me sentais ? J’étais toute perdue.  Alors, dans ces moments-là, je me mettais à essayer plusieurs affaires, puis je m’énervais de plus en plus car je voyais bien que ce n’était jamais la bonne action. Et je finissais par faire un genre de « Assis-debout-couché » en même temps qui ressemblait plus à une position de Twister qu’à autre chose.  Le pire dans tout ça, c’est que je faisais tout mon possible pour faire plaisir à mes parents et ce, avec le peu que je comprenais. Mais malgré ma meilleure volonté, je lisais la déception, la tristesse et un début d’énervement sur leurs visages. Et plus ces signaux-là devenaient évidents, plus ce que je faisais n’avait comme vous le dites « ni queue ni tête ».

Le problème dans tout ça, c’est que l’humain a souvent tendance à rejeter la faute sur le chien plutôt que de se remettre en question. Pourtant c’est une qualité immense que d’avoir une bonne in…tros…pec…tion. Oui c’est ça, introspection. C’est un mot compliqué mais ça veut dire : « regarder à l’intérieur. En général, elle désigne le fait, pour un sujet de s’observer lui-même1 ».

Une chance pour Tonalli et pour moi, il se trouve que mes parents en ont eu suffisamment pour décider que ça valait la peine de faire venir une dame avec pleins de connaissances utiles sur les chien à la maison. Je pense qu’elle s’appelle Danielle.

Ah ! Quel bonheur ! Danielle, c’est un peu comme la marraine qu’on aimerait tous avoir. Tu sais, le genre de marraine qui dit UNE chose avec UN geste et puis à chaque fois c’est pareil. Quelle joie ! Mes poils s’en sont tous démêlés ! Fini les frisettes sur le dos ! En plus j’ai le poil court, alors ce n’est jamais très beau ! Mais je m’égare encore, excuse-moi.

Suite à cette rencontre, et sur les conseils de Danielle, mes parents se sont décidés à rassembler sur une seule feuille toutes les commandes de comportements et les gestes associés et le tout a été installé sur la porte du réfrigérateur. De cette façon, les enfants et même la visite, peuvent en profiter et ainsi garder une cohérence dans notre éducation. Je dois dire qu’une fois cette unité retrouvée, les séances d’exercices avec le « clicker » (je t’en reparlerai) et les biscottis (avec l’accent italien s’il-vous-plaît !) furent le paradis sur terre. C’est un peu comme si, soudainement, il se mettait à pleuvoir des os !

Le résultat ne se fit pas attendre : non seulement ma sœur et moi on s’en sortait mieux, mais même mes parents y ont retrouvé du plaisir : moins de chicanes et plus de bonheur. Haaaa ! J’aime toujours les histoires qui finissent bien. Ouais, enfin, sauf pour ma sœur, tu as bien deviné. Parce que là, l’histoire du coussin c’était pas fini. Je n’avais pas eu le temps de tout ramasser que déjà mes parents revenaient du travail. Puis le plus injuste dans tout ça, c’est qu’ils ont cru que j’étais en parti responsable parce que je m’étais retrouvée avec pleins de plumes sur l’échine en les ramassant.

 Mais dans tout ce chignage, il y a quand même un jappement joyeux ! Mes parents, comme je te l’ai dit la dernière fois, sont au courant que notre « mémoire d’évènements » ne dépasse pas les quelques secondes. Alors on ne s’est même pas fait gronder. Parce que sinon tu sais ce qu’on aurait appris ? Que quand les parents rentrent à la maison, c’est un moment de la journée qu’il faut craindre car on risque de se faire chicaner. Nous, les chiens, on aurait fait le lien entre le retour et la chicane. Pas avec les plumes. Ça faisait déjà trop longtemps que l’évènement s’était produit.

 Alors si tu le veux bien, j’ai quand même un petit conseil à te donner : si un événement de ce genre-là devait t’arriver, le plus simple à faire, c’est de sortir ton ou tes chiens dans la cour tout de suite, sans leur parler. Ferme la porte derrière toi et là, tu peux te laisser aller et japper toute ta frustration, pis dire des choses comme « sainte croquette », «  foie de canard » « tripes de bœuf »… tu vois le genre ! Puis quand tu sens le calme revenir, tu ramasses le dégât sans que l’on puisse te voir. C’est important. On pourrait associer ça à un jeu. Non, non, non ! Il ne faudrait surtout pas ça !

 Allez, il faut que j’éteigne ma lumière et que je me repose. Demain une autre journée de surveillance m’attend. En attendant qu’on se reparle de l’exercice physique et intellectuel, n’oublie pas de prendre bien soin de ton chien. Si tu le regardes attentivement, tu verras qu’il finira par te parler et te dire s’il est prêt à recevoir ta colle et ton bec.

 

XOXO Lupita

 

« La voie de Lupita », est une chronique régulière (inspirée par mes chiens) publiée dans la revue « Pattes Libres ». La revue a comme mission première de  » faire comprendre à tous l’importance d’adopter son petit compagnon de poils ou de plumes dans les refuges sérieux qui eux, s’engagent à tout mettre en œuvre pour essayer de sauver la vie de milliers d’animaux abandonné « . (http://revuepatteslibres.blogspot.ca)

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