Les connaissances inutiles

En ce lundi 10 juin 2013, j’ai eu la chance immense, l’honneur incommensurable, d’assister à la soutenance de thèse du doctorat d’une de mes meilleures amies en « art de la scène et de l’écran » (une expression bien compliquée pour parler de théâtre contemporain).

La soutenance en elle-même était déjà un exploit puisqu’elle se passait en simultanée en France, Paris Sorbonne et à l’université Laval. Les frontières spatio-temporelles étaient abolis puisque, malgré les 6 heures de décalages, nous assistions tous au même évènement au même moment, regroupés dans un seul endroit.

Bref, un sujet passionnant (je cite : « cette thèse…examine les écritures scéniques de la catastrophe humaine dans le théâtre contemporain. Elle explore les dynamiques qui sous-tendent la représentation de la barbarie au sein des formes spectaculaires marquées par une forte dimension visuelle »), des recherches interminables (commencée en 2006), un résultat poignant (j’aurai écouté parlé mon amie de ses découvertes durant des heures entières). Autant dire que je suis rempli d’une fierté sans limite que cette fille-là soit dans ma vie.

Toutefois, en l’écoutant répondre aux questions du jury composé des grands pontes de la recherche théâtrale actuelle, il m’est venu un questionnement que je qualifierais de « stupide » et probablement « superficiel » vue les circonstances intellectuelles qui m’entouraient :

À quoi bon tout ça, cette farandole étourdissante de savoir, cette musique atonale faite de grands mots ?

L’après-midi même, je retournai à mon travail d’éducateur spécialisé que j’effectue auprès d’une clientèle ayant subit un traumatisme crânien. Une clientèle qui, bien malgré elle, ne sera plus jamais capable d’atteindre un tel niveau d’études. Une clientèle qui n’aurait malheureusement pas pu suivre la joute de mots plus longs et imprononçables les uns que les autres auquel se sont livrés ces universitaires de haut niveau.

Ne vous méprenez pas sur mes propos, je ne suis pas en train de dire que ce que j’ai vu ne sert à rien. Mais je me questionne plutôt à savoir où est-ce que ça sert ? Est-ce que toute ces nouvelles notions, ces questionnements, à savoir, par exemple, s’il s’agit d’un « metteur en scène » au sens traditionnel du terme ou plutôt d’un « écrivain de plateau », vont permettre à ma clientèle (puisque c’est celle que je connais le mieux) de mener une vie meilleure ? Finalement, dans la vie qui se déroule tout les jours devant tout un chacun, qu’est-ce que tout ça, ce nouveau savoir, change, amène, modifie ?

C’est sur que je joue un peu à l’avocat du diable car ayant moi-même fait un maîtrise, je dois avouer avoir adoré faire de la recherche et théoriser tout ce que j’avais appris. Et je ne remet aucunement en question l’intérêt du doctorat de mon amie pour les gens qui travaillent dans le milieu du spectacle. Mais je me demande si tous ces bits de connaissances sont utiles, s’ils aident quelque part à améliorer notre sort en tant qu’humain, ou bien si c’est tout simplement de la place qui est volée à des bits d’informations qui nous permettraient à tous de vivre dans un monde que l’on souhaite toujours meilleur ?

Fidèle à mon habitude, je ne fais que poser des questions, mais je n’ai pas vraiment de réponses. Bien sûr je suis ouvert aux avis et à la discussion.

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4 réflexions au sujet de « Les connaissances inutiles »

  1. Ah..moi qui suis une spécialiste des cheveux coupés en quatre, des questions sans réponse..je crois qu’il y a déjà, derrière cette recherche, ces questions, ce plaisir imbattable de la recherche, de la d´couverte, de l’apprentissage. Sentir les rouages du cerveau, parfois ceux du cœur, c’est extraordinaire comme sensation..Que ce soit pour comprendre la différence entre une épice et un légume, comme je l’ai vécu ce matin (découvrir qu’il ya des gens qui se posent la question et qui en parlent avec joie !), ou encore par la surprise que je ressens quand je découvre des mots que je ne connaissais pas…pour moi, cette recherche, avec ou sans résultat escompté, c’est ce qui compte, ce qui nous rend vivants : se pose des questions, pour définir, pour se d´finir.
    Pour te dire que j’ai envie depuis un bout de temps de reprendre les maths, pour comprendre peut-être enfin… Ça me servira à quoi, dis-moi ? Pour quelqu’un qui a poursuivi ses études, faire des maths de terminale, et de terminale d’il y a 30 ans, ça peut représenter ce gouffre que tu vois entre ce que tu as entendu, cette recherche que tu as vécue de si près, et celle de tes élèves. Pour moi il n’y a pas de différence profonde : c’est le même élan, la même envie d’avancer, d’en savoir plus..que je sois un enfant apprenant les dizaines, ou une vieille dame découvrant un nouveau point au tricot, une personne ayant subi un accident, et devant réapprendre a vivre, ou un athlète apprenant à marcher au pas de son bébé…c’est du bon, c’est de la vie..c’est comme quand on demande si monter tout en haut de la montagne ça sert à quelque chose..à l’escaladeur et à celui qui ne sait même pas qu’il y a des montagnes
    Toutes les recherches ne plaisent pas à tout le monde, toutes les réponses ne sont pas à tout le monde. Ce qui compte c’est le plaisir que nous ressentons dans cette quête.
    Et je suis sûre que ce plaisir se répand autour de nous, en ondes bienfaisantes
    .

    1. Alors si je comprends bien, tu avances que le bien pour l’humain, ce bien sur lequel je me questionne se trouve dans le plaisir des choses (découverte, etc…) lui-même ?

      1. je pense que nous sommes ici pour être et rendre heureux… Si avancer, me poser des questions, partager mes découvertes et celles de autres me rend heureuse, je sais, de source sûre, que je rends les autres heureux.

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