La voie de Lupita (numéro 4)

Salut,

 

J’ai décidé de raconter une autre histoire chiennement drôle aujourd’hui, car je trouve que l’hiver s’éternise un petit peu et que dehors, ben c’est plate. Oui, parce que comme il fait très froid, il y a moins d’amis qui sortent, alors il y a moins de potins à sniffer.

 

Par contre, ce que j’aime beaucoup c’est la fin de semaine au chalet. Ah ça ! C’est épatant ! Un peu comme un monde parallèle. Tu sais, un monde où chaque arbre se transformerait en os à moelle immense, chaque brin d’herbe en oreille de porc séchée, un monde où tu ne saurais plus où tourner de la tête, car il y aurait une gâterie à chaque pas. Le paradis quoi !

 

Mais en attendant de trouver ce monde-là, tous les samedis et tous les dimanches, je pars avec Tonalli, ma sœur, et bien entendu mes papas, faire une marche de 1h et parfois même 1h30. À ce propos, il y a un détail que je te confie en grand secret : je ne comprends pas trop ce qu’ils se mettent aux pieds. Ça ressemble à des plaques plus grandes que leurs pieds. Je pense qu’ils appellent ça des raquettes et que c’est pour avoir plus de stabilité. Mais foie de canard, je ne comprends pas pourquoi ils ne marchent pas à quatre pattes !!!! C’est si pratique. Enfin bref, je n’arrive pas à les faire changer d’avis.

 

Quoi qu’il en soit, nous voilà partis pour une promenade remplie d’odeurs, comme d’habitude. Un belle journée ensoleillée, juste assez de vent pour charrier les odeurs à une distance respectable. Pis surtout des tonnes de traces de pattes à terre, débordantes d’images olfactives. Bien sûr avec tant de stimuli, ce n’est pas toujours facile de rester sur le droit chemin, alors de temps en temps je m’égare et quand ça dure trop longtemps, j’ouïs le sifflet d’un de mes papas qui me ramène à l’ordre et m’offre toujours une gâterie pour me féliciter de ma bonne décision. C’est quand même très plaisant et ça donne envie de recommencer.

 

Tout allait moellement bien, jusqu’à ce que cette odeur traverse ma truffe. Oh pis pas juste la mienne. Celle de ma sœur aussi. Ce fut comme une décharge électrique, comme si ce monde parallèle dont je parlais au début s’ouvrait devant moi. Un vortex temporel venait de m’ensevelir toute entière. Plus rien n’existait autour, ni ma sœur, ni mes papas, ni les sifflements, ni les gâteries. Rien ! Juste cette odeur, sainte croquette ! Mes pattes s’agitèrent sous moi, indépendantes, hors de tout contrôle, et elles se mirent à avancer, quel hasard, dans la direction d’où provenait l’odeur. Puis plus j’étais proche, plus mon corps voulait aller vite ! Bien sûr, je finis au galop, ma sœur sur les talons (fatigante celle-là, elle peut jamais me laisser tranquille, foie de canard !).

 

Quoi qu’il en soit, je n’avais qu’une obsession : trouver la source de cette odeur. Oui, d’accord, je l’avoue, j’entendais vaguement des voix dans mon dos, mais bon c’est un peu comme si vous aviez une mousse en chocolat devant vous et qu’au loin un médecin vous lançait : ton taux de suuuuucre, ton taux de suuuuucre…vous voyez le genre.

 

Et là, au détour d’un arbre, je la vis. Son corps, inerte certes, était là. Devant moi. Incroyable ! Nom d’un Kong rempli de beurre d’arachides ! Je n’aurais même pas besoin de chasser. Elle était là, inerte ! Wouafahahaha ! Alors, je pliais un peu mes genoux, fermais les yeux, mes babines se tendirent en un petit rictus, je sautais en l’air et plonger en virevoltant sur ma bassine de parfum. Un bain de roses. Ah ! Quel bonheur d’arriver dessus, et de sentir l’odeur pénétrer les moindres espaces entre mes poils, arriver sur l’épiderme et s’imprégner bien profondément dans les moindres pores de ma peau. J’avais enfin trouvé mon spa avec vapeur relaxante ! Suite à ces quelques minutes de bonheur, je n’oubliais pas de faire un petit facial pour la route.

 

Je décidais finalement de céder la place à ma sœur qui trépignait à mes côtés et retournais voir mes papas pour avoir mes récompenses… Ben oui, pas pour m’être roulé dans un bain de moufette, non, non, mais pour me récompenser de revenir les voir. J’étais tellement contente que je rajoutais un petit coup de langue sur le nez de chacun d’eux.

 

Étrangement, à cet instant-là, quelque chose changea dans leur attitude. Je sais pas trop, peut-être de la tension, un peu de colère et quelques gouttes de découragement. Quoi qu’il en soit, la fin de la marche ne prit pas la même tournure que d’habitude et nous sommes rentrés par un raccourci.

 

Ensuite, au lieu d’avoir droit au repos habituel, nos papas nous ont plutôt fait embarquer dans la voiture, nous avons roulé vers le village le plus proche, ils ont disparu dans un petit magasin, sont ressortis avec des sacs, puis nous sommes tous revenus au chalet. Là, nous sommes allés dans la cour, ils nous ont passées sous un jet d’eau tiède (nous étions quand même en plein mois de janvier), ils nous ont frottées le corps avec un produit moussant qui sentait les abominables fruits des champs, repassés sous le jet pour le rinçage et hop dans une serviette. Et malgré ce rituel humain étrange, ils ne semblaient pas calmés pour autant. Nous sommes donc partis de nouveau en voiture pour aller au même magasin et sommes revenus quelques minutes plus tard, passées sous le même jet d’eau. Là, ils nous ont recouvertes d’un produit à la texture bizarre, ils nous ont fait courir pleine de mousse sur la tête pendant quelques minutes et finalement passé de nouveau sous le jet, et enfin le séchage final.

 

Cet après-midi-là, en rentrant dans le chalet me coucher en boule au coin du poêle, je remarquais tristement que mon odeur croquette, heu coquette je veux dire (l’émotion me fait déjapper) avait disparu. J’étais triste. Les bienfaits du spa n’auraient duré que quelques heures. Voilà que de nouveau je sentais le vulgaire savon aux fruits pourris. Quelle déception ! Mais avant de m’endormir, je regardais mon papa du coin de l’œil et pendant qu’il me faisait un immense sourire de satisfaction, rempli d’amour retrouvé, je me disais : toi tu perds rien pour attendre, demain on retourne marcher et tu vas voir ce que tu vas voir. Sainte-croquette !

 

XOXO Lupita

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