France, je pleure…

France,

Aujourd’hui, je dois te le dire, je pleure.

Je pleure parce que dans mon cœur de grand romantique et d’idéaliste, je souhaitais ardemment que les marches citoyennes d’hier servent de levier pour un monde meilleur dont tu serais le détonateur. J’espérais vraiment qu’au petit matin, j’ouvre les yeux sur un monde métamorphosé se nourrissant de liberté, d’égalité et surtout de fraternité.

Malheureusement, tel qu’une partie de mon être trop souvent pris en flagrant délit d’espoir le redoutait, ta réponse fut aussi froide que le métal des armes : plus de policier dans les rues, plus d’écoutes téléphoniques, plus de lois de surveillances, plus de militaires en action. Autrement dit, plus de tous ces ingrédients hallucinogènes qui donnent à croire à un sentiment de contrôle alors qu’ils ne font qu’asphyxier à la longue un peuple déjà en manque d’air.

Tu as choisi un trompe-l’œil pour peindre un nouveau sentiment de sécurité, en faisant croire à tes partisans que l’entrainement a été efficace et que la victoire est enfin à portée de main.

Pourtant, je ne comprends pas ton petit jeu de cache-cache alors que toi, moi et bien d’autres savons pertinemment que la réponse n’est pas aussi simple et surtout qu’elle demande un engagement et une vision sur le long terme. Seulement voilà, la vision sur le long terme, tu n’en as pas et le temps, tu ne veux pas le prendre. Alors si toi, en tant que maîtresse d’école tu n’es pas capable de donner l’exemple, comment veux-tu que tes élèves apprennent ?

Il n’est plus possible d’ignorer qu’une partie du danger que représentent les groupes extrémistes est devenue immédiate, et effectivement, il faut utiliser à bon escient les mesures qui existent déjà. Mais ta réponse précipitée, malheureusement, n’est qu’une bombe à retardement. L’Histoire nous l’a appris et nous l’apprend encore: les pays qui surveillent et contrôlent les moindres faits et gestes de leurs citoyens, qui font du profilage racial et qui déploient des forces de l’ordre sur son territoire (dans certains cas tu oses parler toi-même de dictature), ne font que créer ou exacerber des tensions chez la population, tensions déjà très vives chez toi.

Non.

Moi, je te le dis, j’espérais que ta réponse soit :

« Qu’est-ce que je peux changer dans ma façon d’être, d’écouter, de parler, d’agir, de m’impliquer, pour offrir une lueur d’espoir, un but commun vers lequel amener petit à petit mes citoyens ? Suis-je en mesure de leur offrir un idéal à poursuivre, un projet de société à construire ? »

Je te le dis, même s’il paraît que c’est ringard d’en parler, mais le nœud de la vraie guerre que tu dois mener réside dans le fait qu’il est inconcevable en tant que pays de ne pas travailler pour créer chez tes citoyens un sentiment de fierté, d’appartenance. Il est inconcevable de ne pas mettre tous tes efforts dans une construction lente, mais certaine d’un avenir lumineux. Il est inconcevable de ne pas envisager des projets plus grands que chacun d’entre nous, pauvres humains mortels, pour lesquels nous avons non seulement l’envie, mais la possibilité, l’honneur, la chance, mais aussi le devoir de mettre la main à la pâte. Je parle de devoir, oui, car mettre sur pied des projets sans créer des sentiments d’appartenance, de tolérance, d’égalité et de responsabilité des uns envers les autres ne servira à rien. Il est de ton devoir, France, d’offrir une chance à tout un chacun de participer à quelque chose de grandiose pour que naisse la fierté d’être citoyen français, peu importe l’origine. Bien sûr, comme tes choix de ces dernières décennies le montrent, tu n’as pas la volonté nécessaire de partir de tels projets, tu te joues de nous.

Et bien c’est là que, âme perdue, ton citoyen, sauveur possible de la nation, se tourne vers des figures plus fortes, plus concrètes, plus convaincantes, plus enjôleuses que toi. Des fins psychologues qui connaissent tes faiblesses et s’en amusent. Les voilà, à tue-tête, qui offrent à qui cette vision commune, à qui cette sensation d’appartenance, à qui cette envie de construction d’un monde où l’être humain intègre enfin un groupe qui l’accepte peu importe son passé, son histoire et le fait cheminer vers un but commun.

Dis-moi, de quoi rêvent tes jeunes ou moins jeunes Français aujourd’hui ? Le sais-tu seulement ? D’avoir un emploi ? D’avoir un logement décent et abordable ? De pouvoir manger à leur faim ? De savoir qu’ils ne seront pas montrés du doigt parce qu’ils portent les signes d’une religion distincte ? Certains d’entre eux ont-ils même le luxe de rêver dans la France que tu leur proposes ?

Ici, je pourrais te faire un cours magistral et te présenter la pyramide de Maslow sur les besoins fondamentaux  et te rappeler que le premier palier (besoins physiologiques : faim, soif, repos, habitat) est loin d’être comblé dans ta population et que franchi celui-là, il en reste 5 autres de plus en plus complexes avant d’en arriver à ce qu’on nomme une personne équilibrée. Chère France, tu as du pain sur la planche. Il est temps d’agir, de faire la guerre non pas avec des armes et contre des hommes, mais avec des projets et pour tes citoyens.

Je t’entends souvent blâmer les banlieues. C’est facile. Il faut un bouc émissaire après tout, quelqu’un sur qui frapper, un responsable. Mais on est tous responsables des banlieues, tous. Parce que les problèmes des banlieues sont issus des décisions d’hommes et de femmes les plus hautement éduqués de France, complètement déconnectés de la réalité et à qui nous avons offert le privilège de nous représenter.

Je t’entends souvent blâmer l’immigration. C’est tendance. Ça fait « in ». Mais on est tous responsables des problèmes d’intégration de ces fabuleuses personnes au passé et aux cultures riches et intéressantes que nous ne prenons même pas la peine de connaître, que tu ne nous donnes pas envie de connaître. On est tous responsables. Parce que les problèmes d’intégration sont encore issus des mauvaises décisions d’hommes et de femmes les plus hautement éduqués de France, complètement déconnectés de la réalité et à qui nous avons offert le privilège de nous représenter.

Mais pas un seul de tes représentants, chère France malade, ne s’est levé pour nous, pour toi. Pas un seul. Ils ont tous pris goût au pouvoir et à la chicane sectaire des partis politiques qui sont une aberration de nos jours. Cet âge-là est révolu. La notion de parti est révolue. Tu as besoin, nous avons besoin de personnes qui nous ressemblent, qui nous rassemblent, qui sont issues de nous, et qui se battent pour un projet commun : un pays en santé. Un pays dont on peut et veut être fier. Il n’y a plus de partis qui vaillent, il y a juste une vision possible : le bien-être d’une population.

Nous avons été environ 3 millions à descendre dans tes rues pour dire que nous n’avons pas peur. C’est bien, c’est beau. Pourtant, nous avons encore peur de nos propres voisins. Commençons donc par essayer de les connaître. Commençons donc par se tendre la main les uns les autres pour s’aider et se relever ensemble dans des moments difficiles comme nous en avons eu un exemple dimanche et comme il y en a tant, tous les jours sur ton territoire.

Ensuite, demandons à nos politiques pourquoi rien n’est fait pour que ta population retrouve le goût de se lever le matin et de sourire. Demandons à nos politiques pourquoi rien n’est fait que pour ta population soit fière de toi, belle France, pour la qualité de vie que tu peux nous offrir.

Demandons à nos politiques, à ces hommes et ces femmes à qui nous avons voté notre confiance (car être au pouvoir n’est pas un droit, mais un geste de confiance voté par la population, un engagement profond et sincère envers un peuple) de se battre pour nous offrir un avenir prometteur pour lequel nous avons tous envie de participer, et pour lequel nous serons honorés de pouvoir participer. Un avenir sans extrémismes, non pas parce qu’ils auront été éliminés par la force, mais plutôt par l’intelligence et le bien-être d’une nation, d’un peuple, car seul celui-ci sera à même de les éliminer.

Et toi, France, qui est d’un passé socialiste (dont la définition première est d’être un courant de pensée qui fait la promotion d’une organisation sociale et économique tendant vers plus de justice sociale et non un parti politique désormais vide de sens au regard de son nom), nous ne te demandons pas de mettre en place de nouveaux projets subventionnés à coût de millions et dirigés par des cadres anonymes et déconnectés de toutes les réalités du terrain. Non, il s’agit de prendre un réel intérêt dans la vie et l’histoire de monsieur et madame tout le monde, de monsieur et madame qui essayent de construire un pays et de s’intéresser aux profonds malaises qu’ils vivent.

Alors voilà, ce matin, je pleure, car toi, France, pays des droits de l’Homme et du Citoyen, avais la chance de revenir dans la cour des grands. De redevenir enfin un pays qui montre l’exemple, comme si souvent au travers de l’Histoire. D’inspirer d’autres démocraties à suivre le pas.

France, tu avais la chance de prendre un virage réellement historique, puisque 3 millions de citoyens te disaient qu’ils en avaient marre. Marre d’être moroses tous les jours, marre de se sentir seuls dans un pays de 66 millions de personnes, marre de ne plus avoir de rêves personnels et communs, marre d’avoir l’impression de n’être plus rien, ni personne.

Une fois de plus, France, tu me déçois et malgré tous les citoyens qui t’ont montré tant d’amour dimanche, tu restes petite.

Une fois de plus, France, tu me déçois parce qu’hier, des gens de toutes les religions et des toutes les nationalités te disaient qu’ils avaient envie d’une société où ils sont capables de se côtoyer et d’avancer ensemble.

Une fois de plus, France, tu me déçois parce que tu as décidé de les ignorer  et de les diviser encore plus par la peur.

Une fois de plus, France, tu me déçois, car tu t’es finalement transformée d’état libre, promis enfin à un bel avenir, en état policier.

Alors, ce soir je suis toujours Charlie, mais ma France souhaitée, je te pleure.

Pyramide des besoins selon Maslow
Pyramide des besoins selon Maslow
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